Écriture, Éducation, Enfants

La punition par l’écriture

La punition par l’écriture : une méthode éducative interdite

la punition par l'écriture

Nombreux sont ceux qui se souviennent de la punition consistant à écrire cent fois une phrase, “je ne dois pas rire” ou encore “je dois me tenir bien assis sur ma chaise” lorsqu’un comportement n’était pas en phase avec le point de vue de l’autorité. D’autres consistent à faire recopier l’ensemble d’une leçon ou d’un cahier lorsque l’aspect apparaît trop sale, parfois même en déchirant vigoureusement les pages à grands coups de regards consternés.

Derrière ce florilège d’anecdotes qui pourraient faire sourire se cache en réalité un système de punition par l’écriture largement utilisée dans les écoles à travers l’histoire.

Si la copie de ligne, un temps controversé est maintenant interdite, des pratiques plus ou moins similaires existent encore dans les écoles de nos enfants. 

La punition par l’écriture, toute une histoire !

En Égypte :

En 2022, sur le site d’Athribis en Egypte, une équipe de chercheurs de l’Université allemande de Tübingen a découvert plus de 18 000 pièces de poteries gravées témoignant de la vie quotidienne dans l’Égypte ancienne, il y a environ 2000 ans. On remarque que déjà, ces « ostraca » (ces poteries), en plus d’informations diverses sur les échanges commerciaux ou même des listes de courses, comportaient des lignes de punition écrites par des étudiants.

En Grèce :

L’enseignement aussi bien en Grèce qu’à Rome était fondé sur le principe de la répétition et de l’imitation. Les enfants pouvaient être contraints de recopier des passages de grands auteurs latins comme Virgile ou Cicéron, ou encore des lois et des décrets. C’est l’apparition d’un nouveau “pensum”, défini comme un « surcroît de travail exigé d’un écolier pour le punir », en référence aux « poids de laine que devait filer quotidiennement un esclave ». Tout ça en dit long sur l’état d’esprit de l’époque !

En France :

L’origine de cette pratique en France était souvent liée aux méthodes éducatives en vigueur à différentes époques, selon les types d’écoles (religieuses, laïques, publiques, privées, etc.).

Au Moyen Âge, les écoles religieuses punissaient par l’écriture. Les élèves devaient recopier des passages de textes religieux ou des formules spécifiques. Cette punition s’est ensuite généralisée à travers les siècles. Elle visait non seulement à punir les élèves pour leurs erreurs, mais aussi à les inciter à améliorer leur écriture et leur concentration.

En France, les punitions doivent avoir “un caractère moral et réparateur”. “Le piquet, les pensums (les “lignes”), les privations de récréation, la retenue de promenade” sont en revanche interdits depuis 1890 ! Pourtant, il existe que ces sanctions soient encore appliquées.

Pourquoi les punitions par l’écriture sont-elles problématiques ?

Les partisans de cette méthode estiment qu’elle est efficace pour discipliner les élèves en leur faisant prendre conscience de leurs erreurs. En écrivant répétitivement une phrase ou un texte, l’élève réfléchit à son comportement et serait dissuadé de le répéter à l’avenir. Cependant, de nombreux éducateurs et experts remettent en question l’efficacité de cette pratique. De plus, les punitions sont bien souvent un moyen, pour celui qui la donne, de se soulager, qu’un véritable outil éducatif.

Selon la façon dont elle est présentée à l’élève, la punition par l’écriture peut être humiliante pour l’élève et avoir un impact négatif sur son estime de soi et sa motivation à apprendre, à plus forte raison lorsqu’elle est répétitive. Elle peut alors laisser des traces de traumatismes profonds chez l’enfant, même en devenant adulte. Pour la punition en général, on note par exemple qu’elle peut générer des comportements de violence, d’anxiété chronique, des soucis relationnels ou encore des maladies à l’âge adulte. Celui-ci aura par ailleurs davantage tendance à reproduire ce schéma et donc, à l’entretenir.

Le cas de l’élève dysgraphique

De plus, pour un élève dysgraphique, dont l’aspect brouillon ou sale des productions fait intrinsèquement partie de son trouble, ce genre de sanctions se révèlent totalement contre-productives. Il est directement confronté à sa difficulté, ce qui peut faire apparaître la punition comme une injustice.

Un enfant dont les productions sont sales n’est pas forcément un enfant qui n’a pas essayé de bien faire, et cette nuance est importante et même, essentielle ! Il peut faire de son mieux sans parvenir à produire une écriture de qualité. Il sera donc stigmatisé pour un acte hors de son contrôle. Pour lui, écrire est en outre une source de stress et être contraint d’écrire de longs textes peut aggraver son anxiété, avant de finalement empirer le problème.

Enfin, rien ne garantit que l’élève comprendra pourquoi son comportement était inapproprié ou comment l’améliorer à l’avenir. Pour cela, il convient de faire réfléchir l’élève, seul ou en groupe, sur des axes d’amélioration à mettre en place. 

Tout ceci peut donc entraîner du ressentiment chez les élèves et nuire à la relation enseignant-élève, en plus de l’impact sur le développement émotionnel et comportemental. Ces punitions pénalisent grandement les enfants et l’image qu’ils peuvent avoir des adultes ayant l’autorité.

punition par l'écriture garçon qui boude devant son cahier

Les alternatives à la punition par l’écriture 

Une punition éducative a pour rôle de permettre à l’enfant de prendre conscience de son comportement jugé « négatif » et de ses conséquences. Elle ne doit pas créer d’ancrage négatif autour d’un lieu ou d’un événement.

Si l’élève porte atteinte à un camarade, physiquement ou psychologiquement, la réflexion peut porter sur comment il a pu se sentir, le tort causé, comment réparer ce qui a été fait ou comment s’excuser. Et puis, est-ce qu’une sanction servant la communauté ne serait pas aussi, le cas échéant, une meilleure idée ?

C’est aussi l’occasion de travailler avec lui la gestion émotionnelle et faciliter son expression, ou encore, une approche de la communication non violente (CNV), certains gestes déviants étant, par exemple, la résultante d’une difficulté de l’enfant à verbaliser ses ressentis. Favoriser le dialogue en faisant preuve d’empathie permettrait donc d’offrir aux enfants un exemple à suivre. 

Dans tous les cas, il est essentiel de créer un lien entre la sanction et ce qui a été fait, sinon elle n’aura aucun sens pour l’enfant. Ce n’est qu’à 12 ans qu’il est en capacité à se décentrer et comprendre correctement la réaction de cause à effet.
Menacer un enfant d’aller se coucher lorsqu’il fait des bêtises, c’est transformer le sommeil en une punition. Cela n’a aucun effet bénéfique et il ne faut pas s’étonner qu’ensuite, l’enfant ne souhaite plus y aller.

Vous l’aurez compris, l’écriture n’est pas une activité neutre ou innocente. C’est un acte d’apprentissage, de plaisir, de réflexion et de création, à travers lequel les élèves peuvent s’épanouir. Inutile donc, de l’utiliser pour punir.

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